RDC – Télécommunications : L’arnaque silencieuse de Vodacom et Airtel, entre complicité d’État et résignation populaire
En République Démocratique du Congo, une tempête silencieuse gronde dans le secteur des télécommunications. Deux géants, Vodacom et Airtel, se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une polémique qui ne cesse de s’amplifier. Accusés de pratiquer une escroquerie à grande échelle via des forfaits non consommés mais expirant prématurément, ces opérateurs suscitent l’indignation croissante d’une population de plus en plus consciente de ses droits… face à un État dont la passivité interroge.
Des millions de Congolais souscrivent quotidiennement à des forfaits internet ou à des crédits d’appel, théoriquement valables 24 heures, 48 heures, voire une semaine. Pourtant, dans un nombre alarmant de cas, ces services expirent bien avant leur échéance, sans avoir été intégralement utilisés. « C’est un système organisé de prélèvement sur la bêtise et l'ignorance des gens », dénonce un utilisateur excédé sur les réseaux sociaux. Cette « arnaque systémique » est dénoncée dans les médias, les universités et au sein des foyers, mais elle se heurte à un mur de silence de la part des autorités censées réguler le secteur.
La question, cinglante, est posée par le journaliste d'investigation Patrick Tawaba : « Le ministère des Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (PT-NTIC), gardien supposé du temple, brille par son absence dans ce dossier. » Aucune mesure concrète n’a, en effet, été prise pour encadrer les pratiques tarifaires souvent opaques de ces opérateurs, qui engrangent des milliards de francs congolais sur le dos des usagers, tandis que la qualité de service, elle, ne cesse de se dégrader.
Alors que la majorité de la population se débat pour obtenir un mégaoctet, les élites et les institutions nationales, elles, naviguent sur le web via des solutions satellitaires haut de gamme comme Starlink, s’offrant ainsi une connexion stable et rapide. Cette fracture numérique dessine en creux une inégalité sociale criante, approfondissant le fossé entre les gouvernants et les gouvernés. « Comment peuvent-ils comprendre notre quotidien s’ils ne vivent pas les mêmes réalités ? », s’interroge une étudiante en droit de l’Université de Kinshasa.
Les conséquences sont particulièrement lourdes pour le monde académique. Étudiants et chercheurs sont contraints de composer avec une connexion capricieuse, des forfaits onéreux et une consommation qui ne reflète en rien la réalité. L’accès à la recherche, à l’information et à l’éducation numérique en est gravement compromis, freinant l’émancipation intellectuelle d’une jeunesse pourtant avide de connaissances. « Chaque jour perdu à lutter pour une connexion est un jour de moins pour apprendre et innover », déplore un professeur d’université.
Face à ce qui est perçu comme une injustice institutionnalisée, la société civile et les consommateurs montent au créneau. Leurs revendications sont claires :
* La tenue d’une enquête parlementaire indépendante sur les pratiques commerciales de Vodacom et Airtel.
* Une révision en profondeur des contrats de concession accordés à ces opérateurs.
* L’implication directe et proactive de l’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC) pour garantir une protection effective des droits des consommateurs.
* L’instauration d’une tarification plus équitable, alignée sur le pouvoir d’achat réel des Congolais.
« Dans un État qui se dit de droit, la protection des consommateurs ne saurait être une option », rappelle un collectif de défense des droits numériques. L’heure est venue pour le gouvernement congolais de sortir de sa léthargie et de défendre avec vigueur l’intérêt supérieur de sa population, plutôt que de paraître complice d’un système qui asphyxie économiquement les plus vulnérables.
La voix du peuple, désormais amplifiée par les canaux numériques qu'on cherche à lui restreindre, ne saurait plus être étouffée.