Haut-Uele : Le Pacte de Stabilité Minière, un an après, entre promesses brisées et tensions croissantes
Il y a un peu plus d'un an, le 14 août 2024, la province du Haut-Uele était le théâtre d'une cérémonie pleine d'espoir. La société minière Kibali Gold Mines (KGM) et les communautés locales des territoires de Watsa et Faradje signaient un « pacte pour assurer la stabilité des mines et promouvoir le développement local ». Le gouverneur de province, Jean Bakomito, saluait alors une « étape importante » et un « tournant vers une coopérative placée sous le signe de la paix et du développement », en phase avec la vision du président Félix Tshisekedi.
Aujourd'hui, cet optimisme semble s'être évanoui, remplacé par une réalité amère et des tensions qui menacent de dégénérer.
Le pacte de 2024 reposait sur des engagements clairs des deux parties. Les communautés s'engageaient à maintenir la paix et à respecter les périmètres miniers, tandis que KGM promettait d'accroître les opportunités pour les entrepreneurs locaux, de maintenir un dialogue constructif et, surtout, d'accélérer le transfert de compétences pour réduire le taux de chômage.
Promouvoir le développement local et accroître les opportunités pour les entrepreneurs locaux.
La situation s'est davantage dégénérée.
Les effectifs des entreprises locales ne font que diminuer, les marchés étant accordés ailleurs.
Accélérer le transfert de compétences et s'investir pour réduire le taux de chômage.
Aucun effort visible pour diminuer le chômage. Le transfert de compétences est au point mort.
Maintenir un dialogue constructif avec les parties prenantes.
Un bras de fer persistant concernant la direction du social et le blocage de la Dot Kibali (mécanisme de développement local).Assurer la stabilité des mines et un développement harmonieux.
Tensions et mouvements de protestation qui risquent de dégénérer, menaçant la stabilité même que le pacte devait garantir.
L'un des points de friction majeurs est le blocage persistant de la Dot Kibali, un mécanisme essentiel destiné à financer des projets de développement local. Ce gel, combiné à l'absence de marchés pour les entreprises locales, contredit directement la promesse d'accroître les opportunités et de soutenir l'économie locale.
Alors que le pacte prévoyait des réunions trimestrielles pour évaluer les progrès et apporter des ajustements, la dégradation de la situation sur le terrain suggère que ces mécanismes de suivi n'ont pas été efficaces, ou que les autorités provinciales n'ont pas réussi à faire respecter les termes de l'accord.
La réduction des effectifs des entreprises locales, au lieu de l'augmentation des opportunités promises, est perçue par les communautés comme un signal fort de la mauvaise foi de la société minière, ou du moins de son incapacité à honorer ses engagements sociaux.
Le respect des engagements était, selon le gouverneur Bakomito, la clé du succès de cette initiative. Aujourd'hui, l'échec apparent de la mise en œuvre des clauses sociales et économiques du pacte a créé un climat de méfiance et de frustration.
Les tensions et les mouvements de protestation qui en découlent sont un signal d'alarme. Si le bras de fer autour des questions sociales et du développement local n'est pas rapidement résolu, la stabilité des périmètres miniers, que les communautés s'étaient engagées à garantir, pourrait être sérieusement compromise. Le rêve d'une coopération pacifique et d'un développement partagé dans le Haut-Uele est en péril, et l'urgence d'une intervention pour relancer le dialogue et concrétiser les promesses du pacte n'a jamais été aussi grande.