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La Mémoire du Pouvoir : L’impérieuse nécessité d’une gouvernance lucide au Haut-Uélé Les propos éclairants du journaliste Patrick Tawaba.

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Date de Publication : 1 day ago

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La scène politique du Haut-Uélé est aujourd’hui le théâtre d’une inquiétante amnésie, une forme d’oubli volontaire qui pèse sur l’exercice du pouvoir. Sous la gouvernance de l’actuel chef de l’exécutif provincial, Jean Bakomito Gambu, une question fondamentale, et dérangeante, se fait jour : le pouvoir acquiert-il la vertueuse propriété d’effacer les engagements passés de ceux qui le détiennent ?

Naguère, une palette d’acteurs politiques, aujourd’hui aux commandes, se présentait en victime d’un système jugé fermé, injuste et sourd à toute critique. Leur éloquence, dénonçant avec force les travers du gouvernement de Christophe Baseane Nangaa, avait su capter l’espérance légitime d’une population aspirant à un renouveau démocratique. Leur promesse implicite était celle d’une rupture : l’avènement d’une gestion inclusive, transparente et respectueuse du pluralisme des voix.

Or, le temps du pouvoir est venu, et avec lui, le constat d’un inquiétant renversement. « La démocratie ne se prouve pas lorsqu’on est opposant, mais lorsqu’on exerce le pouvoir », rappelle avec justesse Patrick Tawaba. Un principe que semble avoir évacué la pratique actuelle. L’interrogation est cinglante : « Où sont passés ces principes une fois le pouvoir acquis ? Le changement promis n’était-il qu’un simple jeu de rôles, un discours de circonstance ? »

Le journaliste, en historien du présent, pose des jalons essentiels pour une compréhension lucide. Il retrace le parcours et interroge les postures d’antan : qui était Jean Bakomito Gambu avant le fauteuil gubernatorial ? Simple spectateur ou opposant déclaré ? La FEC locale et les vigoureuses sociétés civiles, autrefois célébrées pour leur franc-parler, étaient-elles manipulées, comme on le laisse aujourd’hui entendre, ou incarnaient-elles la saine expression d’un peuple en quête de redevabilité ?

Le paradoxe est saisissant et révélateur d’un dévoiement. « Si hier ces structures étaient célébrées parce qu’elles critiquaient le pouvoir, pourquoi sont-elles aujourd’hui méprisées, écartées ou diabolisées dès qu’elles osent formuler des critiques à l’endroit des autorités actuelles ? » Cette question met à nu le cœur du malaise : une intolérance à la contradiction qui gangrène l’espace public. Le problème n’est pas l’opposition, mais bien « l’intolérance croissante à la contradiction ».

Ainsi, un cycle pernicieux se referme. Les méthodes dénoncées avec véhémence hier sont reproduites aujourd’hui, engendrant une frustration qui n’a rien de structurel mais tout de situationnel. « Aujourd’hui, plusieurs opposants ne sont pas frustrés par nature ; ils sont rendus frustrés par un système qui reproduit exactement ce qu’il dénonçait hier », analyse Tawaba. Gouverner, pourtant, ne saurait se réduire à une revanche ou à un règlement de comptes. C’est l’art difficile d’assumer une responsabilité envers tous, adversaires compris.

L’avertissement final sonne comme un impératif catégorique pour les dirigeants en place. « On ne peut pas gouverner durablement une province en effaçant l’histoire, en réécrivant les rôles, ni en criminalisant la critique. » Le Haut-Uélé, terre riche de potentialités, aspire à bien plus qu’à un éternel recommencement des mêmes oppressions, fût-ce sous d’autres auspices. Il mérite une gouvernance juste, qui honore la parole donnée et respecte le dialogue démocratique.

Car, inéluctablement, « l’histoire observe. Et tôt ou tard, elle demande toujours des comptes. » La lucidité et la prise de conscience ne sont donc pas seulement des vertus politiques ; elles constituent la seule voie pour rompre ce cycle stérile et offrir à la province l’horizon de dignité et de progrès auquel son peuple a légitimement droit. Le temps presse pour que le pouvoir se souvienne de ce qu’était l’opposition, et en tire les conséquences qui s’imposent.


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