Haut-Uélé : quand les incendiaires d’hier se font sapeurs-pompiers d’aujourd’hui
Ils mettaient le feu naguère ; ils brandissent aujourd’hui l’extincteur, en quête de reconnaissance. Mais, dans le Haut-Uélé, la mémoire populaire résiste à la mascarade.
Le théâtre politique du Haut-Uélé vire au mélodrame. Le gouverneur Jean Bakomito, en costume de redresseur, s’évertue à colmater les brèches d’un mal qu’il n’ignore pas. Car ces mêmes fissures, ces ouvrages détériorés, ces infrastructures livrées aux outrages, portent la signature des siens, hier affidés, aujourd’hui promus aux commandes. Stratégie aussi funeste que classique : semer le chaos pour mieux se poser en ultime rempart.
En tout État de droit digne de ce nom, et la République démocratique du Congo aspire à cette dignité –, les auteurs de la destruction du pont bascule du péage de Boh, sur la route nationale N°26, auraient été extraits de l’ombre et traînés devant la justice, en pleine lumière du peuple. Or, ici, la procédure s’inverse : on gomme les preuves avant même de désigner les coupables.
Pendant ce temps, la facture, impayable, revient aux mêmes : une population spoliée, dont les maigres ressources s’évaporent dans l’absurde rivalité d’apparatchiks aussi irresponsables que stériles.
Où donc se tiennent la Fédération des entreprises du Congo (FEC) du Haut-Uélé, la société civile de Faradje et de Watsa, les vigies citoyennes censées défendre l’intérêt général ? Hier, ces mêmes corps criaient à l’infamie contre l’ancien gouverneur Christophe Baseane Nangaa, l’accablant pour les carences ayant présidé à l’installation de cet ouvrage. Aujourd’hui, ces voix ont soit déserté, soit rejoint, plus inquiétant encore, le système qu’elles honnissaient. Silence complice ou ralliement par opportunisme ?
La question, pour brutale qu’elle soit, s’impose : le gouverneur actuel incarne-t-il un modèle de gestion, ou l’ombre portée des pyromanes d’hier ? Peut-on sincèrement réparer ce que l’on a laissé dévaster, voire ce que l’on a secrètement encouragé ?
Sur le fond, rien n’a changé. Ceux qui justifiaient la destruction par l’état calamiteux de la chaussée ont-ils, au moins, résolu le problème initial ? La route est-elle aujourd’hui revêtue d’un tapis d’asphalte ? Ou assiste-t-on, résignés, à un simple recyclage des mêmes fautes par les mêmes protagonistes ?
Commanditaires hier, réparateurs aujourd’hui : progrès ou insulte à l’intelligence collective ?
Au Haut-Uélé, la politique s’écrit désormais comme une pièce mal ficelée, où les comédiens échangent leurs masques sans jamais comparaître devant le peuple. Et ce dernier, las, n’applaudit plus. Il regarde, subit, et comprend.
Par Patrick Tawaba, journaliste