Wamba : L’épiscopat sous le signe de l’épée; Mgr Ngona intronisé après deux ans de schisme feutré
Le dimanche du Bon Pasteur, à la paroisse Saint-Rosaire de Mambasa, la liturgie avait des airs de réparation. Le 26 avril 2026, Monseigneur Emmanuel Ngona, missionnaire d’Afrique, a été canoniquement installé comme évêque du diocèse de Wamba. Derrière la pompe sacrée et l’enthousiasme d’une foule venue de toute la chrétienté, une ombre tenace : celle d’une succession empoisonnée, d’une rébellion de clercs et d’un Vatican contraint au coup de force pastoral.
Devant une assemblée bigarrée,laïcs en boubous, prélats en mitre, religieuses en voile blanc et autorités politico-administratives, la cérémonie a restitué au geste son poids de symbole. L’intronisation, la remise de la crosse et des clés : autant de signes d’une autorité longtemps contestée. Car cette prise de possession canonique, attendue depuis plus de deux ans, est moins un avènement qu’un aboutissement de tractations. Mgr Ngona ne siègera d’ailleurs pas à la cathédrale, mais à distance. Il nommera un vicaire général pour faire le pont depuis Wamba. Une épiscopat à double détente.
Le cardinal Fridolin Ambongo, célébrant du jour, n’a pas ménagé les esprits : « Résistez, refusez l’esprit de division, dépassez les blessures passées et engagez-vous résolument au service de l’unité. » Puis, martelant l’évidence : « Une Église divisée obscurcit le visage du Christ » tandis qu’une Église unie le rend « visible et crédible ». Un appel adressé à des oreilles encore fumantes de révolte.
Retour sur une genèse tumultueuse de cet épisco: nommé le 17 janvier 2024 par le Pape François pour succéder à Mgr Janvier Kataka Luvete (après trois décennies de règne pastoral), Mgr Ngona s’est heurté dès son annonce à une levée de boucliers. L’Union des prêtres diocésains de Wamba (UPREDIWA) arguait : après cent vingt ans d’évangélisation, Wamba méritait un fils du terroir, non un évêque « extra-diocésain ». Refus d’installation, escalade verbale, ordination épiscopale finalement célébrée à Kinshasa le 15 septembre 2024 sous la houlette du cardinal Ambongo – loin du front.
Pour éteindre l’incendie, le Saint-Siège a joué la montre et la manière. D’abord par la nomination, le 3 août 2024, de Mgr Sosthène Ayikuli (évêque de Mahagi-Nioka) comme administrateur apostolique sede vacante. Puis, face à la persistance de la rébellion cléricale, par un décret suspensif en janvier 2025 visant les « cerveaux » de l’insoumission. L’UPREDIWA, ayant tenté de contourner les sanctions, fut vertement recadrée le 21 mai 2025 par Mgr Ayikuli, qui agita la menace de l’article 1371, n° 2 du droit canon.
Le mal empira jusqu’à alarmer Rome : en octobre 2025, sanction inédite, uspension temporaire de deux maisons de formation diocésaines. Une manière de couper l’oxygène à la dissidence tout en maintenant un dialogue obstiné. Multipliant les émissaires et les missions de paix, le Vatican a finalement patiemment tressé les branches d’un compromis fragile, dont cette prise de possession constitue le premier nœud visible.
Que faut-il en penser ? L’aurore est dorée, mais la méfiance reste légitime. Car si Mgr Ngona hérite aujourd’hui d’un évêché exsangue, son chemin pastoral est tracé d’avance : consultations des couches chrétiennes, visite des paroisses meurtries par l’absence prolongée du Berger, réouverture des maisons de formation fermées, levée des sanctions disciplinaires contre les prêtres sanctionnés… et, promesse faite en offrande, la nomination future d’un « fils du terroir » pour conduire finalement le diocèse. Un épiscopat de transition, en somme, avant la réconciliation définitive.
Certes, Wamba n’a pas encore exorcisé la pomme de discorde. Mais le dimanche du Bon Pasteur, un silence nouveau a flotté sur Mambasa. Un silence qui, pour la première fois depuis deux ans, a laissé entendre qu’il est raisonnable – après tant de fiel – d’ajouter un peu d’eau dans son vin. L’Église d’Afrique, décidément, n’a pas fini d’écrire ses guerres picrocholines en latin.
"La lumière du Christ, même chancelante, finisse toujours par percer l’ombre des tabernacles."