Haut-Uele : rumeur d’incursion des ADF-NALU à Mungbere, la psychose retombe sur un braconnage sanglant
Tôt ce jeudi 30 avril, une vive inquiétude a saisi la cité de Mungbere et ses environs, dans le territoire de Watsa (province du Haut-Uele). La rumeur d’une attaque des rebelles ougandais d’ADF-NALU s’est répandue comme une traînée de poudre, semant la panique au sein des populations riveraines. Toutefois, les investigations de notre rédaction révèlent une tout autre réalité : derrière la menace fantasmée se cache en réalité un accrochage entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et un groupe de braconniers déterminés.
D’après plusieurs sources locales concordantes, la rumeur d’une incursion terroriste a rapidement enflammé les esprits dans le groupement d’Ambanzani, situé sur l’autre rive de la rivière Nepoko, à une trentaine de kilomètres du centre de Mungbere. Les habitants, encore marqués par les violences récurrentes attribuées aux groupes armés, ont cru reconnaître le modus operandi des tristement célèbres ADF-NALU. Pourtant, les faits sont d’une tout autre nature.
En réalité, depuis plusieurs jours, la présence d’hommes en armes avait été signalée dans cette zone forestière reculée. Selon nos informateurs, il s’agirait de survivants d’un réseau de braconnage autrefois dirigé par un certain Michigan, neutralisé voilà quelques années, et de son frère Manu. Loin des revendications politiques ou djihadistes, ces individus n’obéissent qu’à une logique prédatrice : le contrôle illicite de la faune, contrebande d’ivoire et trafics connexes.
Notre source, qui a requis l’anonymat pour des raisons évidentes de sécurité, nous a livré un témoignage troublant. Le chef du groupement d’Ambanzani, soucieux d’éviter un bain de sang, s’était rendu en personne au campement des braconniers. Ces derniers lui auraient alors remis une somme d’argent destinée à leur ravitaillement en vivres et en logistique, une pratique courante dans ces zones d’ombre où l’autorité coutumière compose parfois avec les hors-la-loi par pragmatisme.
De retour à la cité, le chef local, peut-être pris de remords ou poussé par les autorités sécuritaires, a finalement révélé l’existence de ce groupe aux services de renseignement militaire. C’est alors que les FARDC ont décidé de monter une opération de contrôle. Sentant la trahison, les braconniers, une trentaine d’hommes environ, ont riposté en kidnappant un infirmier, avant de tenter une incursion armée pour récupérer leur dû ou intimider la population.
Heureusement, les forces loyalistes ont rapidement déployé une puissance de feu dissuasive. L’accrochage qui s’ensuivit a mis en déroute les assaillants, contraints de se replier d’abord sur la localité voisine de Lembewu, puis de se fondre à nouveau dans la profondeur de la forêt. Aucune perte en vie humaine, côté civil ou militaire, n’est à déplorer à ce stade.
Les autorités locales tiennent à rassurer : la situation est entièrement sous contrôle. Tous les messages et images diffusés ces dernières heures sur les réseaux sociaux, alléguant de violences commises par les ADF-NALU, relèveraient d’une confusion ou d’une instrumentalisation. « Il n’y a aucun lien avec ce qui s’est passé à Mungbere », insiste une source sécuritaire sous couvert d’anonymat.
En définitive, cette alerte, partie d’une simple opération anti-braconnage, aura surtout révélé la fragilité psychologique d’une population meurtrie par des années d’insécurité. Les habitants sont invités à retrouver leur calme, sans pour autant relâcher leur vigilance. Car si, cette fois, ce n’était qu’une fausse alerte, la menace réelle des groupes armés actifs dans l’est du pays, elle, ne s’est jamais vraiment éloignée.