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Du matelas aux millions : enquête sur un mode de vie qui inquiète la RDC

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Date de Publication : 1 day ago

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En République démocratique du Congo, le chômage, l’extrême pauvreté et l’effritement des repères moraux poussent chaque jour un nombre grandissant de jeunes filles à emprunter des voines jadis frappées d’opprobre. La prostitution, autrefois vécue dans la honte et la clandestinité, devient pour certaines un expédient de survie, voire un commerce lucratif assumé avec une désarmante désinvolture.

De Kinshasa à Lubumbashi, de Goma à Bunia, sans oublier les cités minières comme Durba et Watsa, le phénomène prend une ampleur préoccupante. Des adolescentes, parfois à peine sorties de l’enfance, préfèrent offrir leur corps plutôt que d’embrasser de modestes activités génératrices de revenus. Une réalité qui interroge l’avenir même de la jeunesse congolaise.

La précarité constitue le terreau le plus fertile de cette dérive sociale. Nombre de jeunes filles issues de foyers démunis interrompent leurs études, faute de moyens. Livrées à elles-mêmes, sans encadrement ni perspective, elles succombent à la tentation de « l’argent rapide »  cette chimère qui promet en une nuit ce que des années de labeur honnête ne sauraient offrir.

Pourtant, le manque de travail ne saurait tout excuser. D’autres jeunes femmes, confrontées aux mêmes difficultés,choisissent de lutter debout : petit commerce,coiffure,couture,restauration. La différence tient souvent à la qualité de l’éducation familiale, à la force des valeurs transmises, et à l’influence  parfois délétère  des réseaux sociaux, où le luxe factice et les corps exhibés deviennent des modèles ordinaires.

Les Congolais nés dans les décennies 1960,1970,1980, voire 1990, ont grandi dans un univers social plus contraignant,où la dignité de la femme et l’honneur du lignage étaient des biens sacrés. Le regard du voisin, la réputation familiale, la crainte du qu’en-dira-t-on constituaient des garde-fous efficaces.

Aujourd’hui, la banalisation de la sexualité, la tyrannie de l’apparence et l’idéal du loisir immédiat ont profondément remodelé les esprits. Dans certaines demeères familiales pourtant réputées honorables, des jeunes filles âgées de seize à vingt ans sont déjà initiées à cette vie précoce de débauche, parfois avec la complicité silencieuse de ceux qui devraient les protéger.

Face à ce constat alarmant, les parents sont en première ligne.L’éducation commence au foyer. L’absence de dialogue,l’abandon affectif,mais aussi la détresse matérielle des ménages créent des brèches où s’engouffrent toutes les compromissions.

Le ministère du Genre,Famille et Enfant est également interpellé. Il lui revient de renforcer les campagnes de sensibilisation à la moralité, de promouvoir l’autonomisation économique des jeunes filles et d’assurer la protection des mineures contre l’exploitation sexuelle.

Sur le terrain, les quartiers populaires de Kinshasa  Pakadjuma,Mopono,certains marchés informels  sont devenus des épicentres où la prostitution s’étale presque au vu et au su des autorités locales. Dans les zones minières de Durba et Watsa, l’afflux régulier de femmes venues de toutes les provinces, attirées par l’or et les trafics connexes, aggrave encore la situation.

La population s’interroge : que font vraiment les autorités territoriales et urbaines ? Un contrôle réel existe-t-il ? Certaines prostituées paient-elles des taxes informelles à des agents véreux ? Qui, au final, profite de cette activité lucrative mais clandestine ?

Autant de questions qui appellent des enquêtes approfondies et des réponses claires. Car la prostitution en RDC n’est pas seulement un problème moral : elle est un symptôme,  violent, intime et collectif, de la crise économique, du chômage des jeunes, du déficit d’encadrement et du lent naufrage des valeurs sociales.

Pour endiguer ce fléau, une réponse globale s’impose. Créer des emplois décents et accompagner l’entrepreneuriat féminin est une urgence. Mais cela ne suffira pas. Il faut aussi restaurer l’éducation familiale, ranimer la responsabilité collective, et protéger les jeunes filles contre toutes les formes d’exploitation  sexuelle,économique et morale.

Sans cette triple vigilance, la société congolaise continuera de voir ses filles glisser du matelas aux millions, en laissant derrière elles un goût amer de gâchis et d’impuissance.


Commentaires (1)

Mbusa kyowero

1 month ago