RDC : le débat sur la révision constitutionnelle approfondit les clivages au sein de la classe politique
En République démocratique du Congo, la perspective d’une révision de la Constitution du 18 février 2006 ne cesse d’attiser les tensions au sein de la classe politique. Tandis que les partisans d’un débat ouvert s’opposent aux adversaires résolus de toute modification du texte fondamental, les positions se durcissent à mesure que se profile l’éventualité de consultations populaires.
Lors d’un point de presse animé ce lundi 18 mai, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a dénoncé ce qu’il a appelé « l’hypocrisie politique » de certains acteurs, tant au sein de la majorité que de l’opposition. Selon lui, plusieurs personnalités politiques, aujourd’hui réfractaires au débat constitutionnel, comptaient jadis parmi les plus ardents défenseurs d’un changement de la Loi fondamentale. « Certains politiciens, à l’époque où nous siégions encore comme députés, étaient des champions du changement constitutionnel. Aujourd’hui que le débat est ouvert, ils battent en retraite », a-t-il déclaré, sans toutefois citer de noms.
Pour le porte-parole du gouvernement, la question constitutionnelle ne saurait être réduite à une simple confrontation politique ou à des calculs d’intérêts personnels. Il a plaidé pour que les discussions se concentrent sur le renforcement de l’efficacité de l’État et de ses institutions. Il a également évoqué certaines préoccupations exprimées depuis plusieurs années par la diaspora congolaise, notamment la délicate question de la double nationalité. Il a rappelé que de nombreux Congolais résidant en Europe ou en Amérique contribuent au développement économique du pays tout en revendiquant une reconnaissance juridique que la Constitution actuelle ne permet pas, celle-ci consacrant une nationalité « une et exclusive ».
De son côté, le vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a adopté une posture plus institutionnelle tout en défendant la nécessité d’un débat démocratique et inclusif. Selon lui, après plus de vingt ans d’application de la Constitution en vigueur, il est légitime d’en évaluer les efficacités et les limites. « Vingt ans après, il importe que la question soit examinée, mais que le peuple tranche », a-t-il affirmé.
Jean-Pierre Lihau a insisté sur le principe de la souveraineté populaire, rejetant toute tentative d’interdire le débat ou d’imposer une révision sans consultation des citoyens. « Nul ne peut décider seul que l’on ne touche pas à la Constitution, ni imposer un changement sans que le peuple ne se prononce. Le peuple demeure le juge suprême », a-t-il martelé.
Pendant ce temps, l’opposition politique continue de rejeter fermement toute initiative de révision constitutionnelle portée par l’UDPS et l’Union sacrée. Plusieurs figures de l’opposition, parmi lesquelles Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund ainsi que les partisans de Joseph Kabila, dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une manœuvre visant à ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi. Ils estiment par ailleurs que ce débat intervient dans un contexte peu approprié, marqué par la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est du pays et par les difficultés socio-économiques auxquelles la population est confrontée.
Face à cette situation, plusieurs mouvements d’opposition annoncent déjà des mobilisations populaires pour faire obstacle à tout processus de révision constitutionnelle qu’ils jugent contraire à l’esprit démocratique et aux priorités nationales.
Alors que les discussions prennent de l’ampleur, la question de la révision — ou non — de la Constitution s’impose progressivement comme l’un des sujets politiques majeurs en République démocratique du Congo, avec pour toile de fond les enjeux de gouvernance, de stabilité institutionnelle et d’avenir démocratique du pays.