RDC : Prince Epenge raille l’idée d’un troisième mandat et relance le débat constitutionnel
Le climat politique ne cesse de se tendre en République démocratique du Congo autour de l’éventuelle révision de la Constitution. L’opposant Prince Epenge a vivement réagi aux discussions relatives à un possible troisième mandat du président Félix Tshisekedi, par une déclaration qui avive déjà les controverses dans l’opinion.
« Si Félix veut un troisième mandat, qu’il traverse le fleuve pour aller chez Sassou ! » a-t-il lancé, faisant directement allusion au président de la république du Congo voisin, Denis Sassou-Nguesso, régulièrement critiqué par ses opposants pour les réformes constitutionnelles qui lui ont permis de se maintenir durablement au pouvoir.
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte marqué par une montée des tensions autour de la modification ou de la révision de la Constitution du 18 février 2006. Depuis plusieurs mois, des cadres de la majorité présidentielle ainsi que certains membres du gouvernement plaident pour l’ouverture d’un débat national sur la réforme de la loi fondamentale, qu’ils jugent, pour quelques-uns d’entre eux, « inadaptée aux réalités actuelles ».
Le président Félix Tshisekedi avait récemment affirmé n’exclure pas l’éventualité d’un troisième mandat « si le peuple le demandait », dans le cadre d’un processus légal de révision constitutionnelle. Une déclaration qui a immédiatement suscité une levée de boucliers au sein de l’opposition.
Face à cette perspective, plusieurs responsables politiques de l’opposition ont décidé d’unir leurs forces au sein d’une nouvelle plateforme dénommée « C64 », lancée le 19 mai dernier. Cette coalition, portée notamment par Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, tire son nom de l’article 64 de la Constitution congolaise, lequel appelle les citoyens à faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir contraire à la Loi fondamentale.
Les membres de cette plateforme affirment vouloir empêcher toute tentative de modification constitutionnelle susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel ou à un glissement électoral.
En réaction, le parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), ainsi que ses alliés de l’Union sacrée, ont lancé leur propre structure, baptisée « C4 » – Coalition des Congolais pour le changement de la Constitution – afin de défendre la nécessité d’une réforme constitutionnelle.
Dans ce climat de forte polarisation, les propos de Prince Epenge illustrent le durcissement du discours politique au sein de l’opposition, qui accuse le pouvoir de préparer ce qu’elle qualifie de « coup d’État constitutionnel ». De son côté, le camp présidentiel soutient qu’aucune disposition démocratique ne saurait empêcher un débat républicain sur l’avenir institutionnel du pays.
Alors que l’élection présidentielle de 2028 semble encore lointaine, la question de la limitation des mandats présidentiels s’impose déjà comme l’un des principaux sujets de confrontation politique en RDC. Entre appels à la réforme institutionnelle et défense rigoureuse de la Constitution actuelle, le débat continue de diviser profondément la classe politique congolaise et l’opinion nationale.