KINSHASA: Zando, l’opprobre d’une capitale, la colère souveraine de Félix Tshisekedi
Kinshasa, 23 mai 2026 – Il y a des lieux qui, par leur délabrement, deviennent le miroir des négligences d’une époque. Le Grand Marché de Kinshasa, connu sous le nom évocateur de Zando, est de ceux-là. Ce jeudi, la fureur présidentielle y a claqué comme un coup de tonnerre dans un ciel putride.
Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, en tenue d’inspection, n’a pas eu besoin de longs discours. Le spectacle suffisait : monticules d’ordures fumant sous le soleil équatorial, caniveaux obstrués déversant leur venin, échoppes érigées dans l’anarchie, et cette odeur tenace de décomposition qui étreint le visiteur avant même qu’il n’ait posé le pied. Devant cette insalubrité chronique, le chef de l’État a laissé éclater une colère rare, aussi légitime que souveraine.
« Comment peut-on laisser pourrir ainsi le ventre économique de la capitale ? », a-t-il lancé, la voix chargée d’une indignation qui ne souffrait aucune réplique.
Cette visite, qui restera dans les annales, sonne comme un désaveu cinglant pour l’administration provinciale de Kinshasa. Le gouverneur Daniel Bumba, présent, a essuyé en direct la disgrâce d’un constat implacable : l’autorité provinciale, gangrenée par l’inertie ou l’impuissance, a échoué à sauvegarder le minimum de dignité pour ce poumon commercial de plus de dix millions d’âmes.
Tshisekedi ne s’est pas arrêté à l’anathème. Il a posé un ultimatum, sec comme une lame : des mesures radicales dans les prochains jours, des sanctions administratives à la clé. Derrière la colère, c’est une exigence de révolution mentale qu’il a proférée. Car la saleté de Zando n’est pas seulement une crise de gestion – c’est l’affront fait chaque jour à des milliers de commerçants et de clients, c’est la banalisation du chaos dans une capitale qui aspire enfin à se relever.
Un conseiller ministériel, sous couvert d’anonymat, confie : « Le président ne transigera plus. Il y va de son héritage : Kinshasa ne peut demeurer une ville poubelle. »
Alors que la nuit tombait sur Zando, les engins de nettoiement commençaient timidement à gronder. Mais la véritable purge ne sera ni mécanique, ni médiatique : elle sera politique. La colère de Félix Tshisekedi, si elle se mue en actes, pourrait bien être le premier balai qui balaiera, enfin, l’insalubrité et l’impunité. À moins qu’elle ne s’éteigne, comme tant d’autres, dans les marécages d’une administration rétive. L’heure n’est plus aux promesses : l’heure est à l’assainissement, ou à la chute.