Bénin: La passation de pouvoir; de Patrice Talon à Romuald Wadagni, l’heure de la continuité
Cotonou, 24 mai 2026. La République du Bénin a vécu, ce dimanche, un moment d’une solennité rare. Après dix années d’un règne marqué par les réformes structurelles et les controverses démocratiques, le président Patrice Talon a cédé pacifiquement son fauteuil à celui qui fut, durant ces deux mandats, son ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni. Une transition paisible, mais dont les enjeux, aussi bien sécuritaires que sociaux, appellent à la plus grande vigilance.
L’image qui restera de ce 24 mai 2026 est sans doute celle d’un chef de l’État sortant quittant à pied l’enceinte du Palais de la Marina, porté par une foule de sympathisants venue l’acclamer jusqu’à sa résidence privée. Loin des scénarios de crise redoutés par certains observateurs – qui craignaient une tentation de troisième mandat –, Patrice Talon a scrupuleusement respecté la limite constitutionnelle. Ce geste, aussi symbolique que politique, a été salué sur la scène internationale comme une preuve de maturité institutionnelle. Pourtant, son héritage demeure contrasté : loué pour avoir modernisé l’économie et assaini les finances publiques, il reste entaché par l’accusation répétée d’un rétrécissement progressif de l’espace démocratique, illustré par l’exclusion d’une partie de l’opposition des scrutins majeurs.
C’est donc Romuald Wadagni, expert-comptable de formation et artisan de la « Rupture » économique, qui prend désormais les rênes du pays. Élu avec plus de 94 % des voix – score contesté par les formations d’opposition, notamment le parti Les Démocrates –, il s’est présenté en garant de la continuité réformiste. Dans son discours d’investiture, prononcé sous une chaleur accablante, le nouveau chef de l’État a promis de transformer la croissance macroéconomique – enviable, autour de 6 à 7 % par an – en dividendes tangibles pour chaque foyer béninois : accès à l’eau potable, à l’électricité, au logement décent. Un programme social qui répond à l’impatience d’une jeunesse urbaine et rurale souvent laissée en marge des grands chantiers d’infrastructures.
Mais au-delà des promesses de campagne, le véritable nœud de l’actualité politique béninoise réside dans trois défis imbriqués. Le premier est celui de l’inclusion politique. La question du retour des exilés et de la libération des figures emblématiques de l’opposition demeure brûlante : sans réconciliation nationale, le nouveau mandat risque de reproduire les fractures des années Talon. Le deuxième défi, plus existentiel encore, se joue aux frontières septentrionales du pays, menacées par la poussée des groupes extrémistes violents venus du Burkina Faso et du Niger. Romuald Wadagni a réaffirmé sa détermination à lutter contre le terrorisme tout en plaidant pour une coopération régionale renforcée, y compris avec les pays de l’Alliance des États du Sahel. Enfin, l’économie devra prouver sa capacité à réduire les inégalités : la baisse du coût de la vie et la création massive d’emplois pour les jeunes constituent l’attente la plus immédiate des populations.
Ainsi, le Bénin tourne une page sans heurts apparents, mais la suite de l’histoire s’écrira sur un fil. Romuald Wadagni, héritier désigné de Patrice Talon, devra naviguer entre l’héritage réformiste et l’impérieuse nécessité d’une ouverture démocratique. Car si la passation fut exemplaire, la légitimité du nouveau pouvoir se mesurera moins à la ferveur des foules qu’à sa capacité à réconcilier l’efficacité économique avec la justice sociale et la paix durable. Le peuple béninois, lui, observe et attend.