Kinshasa : La République Démocratique du Congo fait fait face à une nouvelle épidémie d'Ebola exacerbée par un contexte sécuritaire délétère
En République démocratique du Congo, l’épidémie d’Ebola que l’on croyait circonscrite reprend des couleurs sombres, avivée par un contexte sécuritaire délétère. Tandis que Médecins sans frontières met en garde contre une propagation sournoisement sous-évaluée, faute de moyens de dépistage suffisants, le gouvernement congolais tente de maintenir la barre. « Les capacités de tester les gens sont extrêmement limitées, et donc les données que l’on possède le sont tout autant », confie un coordinateur de l’ONG, jetant une lumière crue sur l’aveuglement partiel des autorités sanitaires. Face à ce constat, Patrice Muyaya, porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, reconnaît la gravité de la situation mais refuse de céder à la panique. La RDC, dit-il, a forgé son expérience dans les flammes d’épidémies antérieures, au Kasaï notamment, où l’on apprit à dompter la peur autant que le virus. L’urgence est ailleurs : dans le manque criant de moyens pour tester, traquer et traiter.
Mais l’obstacle le plus redoutable n’est ni le microbe ni la logistique. C’est la guerre. En Ituri et au Nord-Kivu, là où Ebola rôde, les affrontements armés transforment chaque mission de riposte en parcours du combattant. Patrice Muyaya dénonce l’isolement de ces provinces, aggravé par la décision rwandaise de fermer les frontières, qu’il juge contraire au droit international sanitaire. « Le Rwanda n’a ni la capacité ni la volonté de gérer cette épidémie », assène-t-il. Plus grave encore : aux yeux de Kinshasa, Kigali et ses supplétifs du M23 se livrent à un « jeu criminel ». Les prétendus retraits de troupes ne seraient que des redéploiements, manœuvres destinées à asphyxier la riposte. Aussi le gouvernement congolais pose-t-il ses conditions : « Le retrait des troupes rwandaises et l’écartement des ingérences politiques dans la gestion sanitaire » restent la clé d’une lutte efficace.
Interrogé sur d’éventuelles priorités concurrentes — révision constitutionnelle, débats politiques internes — le ministre coupe court : « Régler la situation sur le terrain et la question sécuritaire. » Il appelle à « dépersonnaliser » les querelles politiques pour ne viser qu’un objectif : rendre l’État plus efficient. Selon lui, Ebola est « plus ou moins sous contrôle », grâce au déblocage de vingt millions de dollars, à l’installation de centres de traitement et à une communication communautaire renforcée. Car il lui faut aussi combattre les croyances mystiques et autres résistances locales qui font du malade un réprouvé. Contrôles thermiques, interdiction des rassemblements de plus de cinquante personnes, suspension des liaisons aériennes avec Kinshasa : le dispositif se veut ferme. Reste à convaincre une communauté internationale que la transparence affichée par Kinshasa mérite davantage de moyens. L’expertise congolaise en matière d’Ebola n’est plus à prouver, plaide Muyaya. Encore faut-il qu’elle puisse s’exercier loin des fracas d’armes et des blocus.