Sénégal : élu à la présidence de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko prend ses distances avec le pouvoir
Trois jours après avoir été relevé de ses fonctions de Premier ministre, Ousmane Sonko a été élu à la présidence de l’Assemblée nationale du Sénégal par 132 voix sur 165. Ce scrutin marque un nouveau tournant dans les tensions qui l’opposent désormais au président Bassirou Diomaye Faye.
Lundi, le chef de l’État a nommé Ahmadou Al Aminou Lô, ancien cadre de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), pour succéder à Ousmane Sonko à la tête du gouvernement.
Depuis leur accession au pouvoir en 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, longtemps alliés sur la scène politique, affichent des divergences grandissantes sur plusieurs dossiers majeurs.
Les nouvelles autorités avaient accusé le régime de Macky Sall d’avoir dissimulé une partie de la dette publique, entraînant la suspension d’un programme d’aide du Fonds monétaire international (FMI) d’un montant estimé à 1,8 milliard de dollars. Face à cette situation financière, le président Faye souhaite engager des discussions avec le FMI en vue d’obtenir un nouveau programme d’aide, tandis qu’Ousmane Sonko défend une approche davantage souverainiste.
Les désaccords portent également sur le traitement des dossiers judiciaires visant plusieurs anciens responsables du régime de Macky Sall, accusés de mauvaise gestion et d’implication dans les violences politiques ayant causé des dizaines de morts entre 2021 et 2024.
Dans son discours prononcé après son élection à la tête de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a affirmé que l’institution « usera de tous les leviers du pouvoir », avant d’évoquer les tensions avec le président sénégalais : « Ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique », a-t-il déclaré.
Tout en saluant le travail du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, auparavant ministre chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, le nouveau président de l’Assemblée nationale a reconnu l’existence de « certaines divergences », notamment sur les questions monétaires et la gestion de la dette.
« Notre formation politique n’est pas associée à cette décision », a-t-il affirmé à propos de la nomination du nouveau chef du gouvernement, ajoutant : « On ne peut pas faire du Pastef sans le Pastef. »
Malgré ces tensions, Ousmane Sonko a tenu à rassurer : « Le Pastef reste ouvert à une discussion responsable, qui met de côté les ego afin de mener à bien ce mandat dans les meilleures conditions. »
Le leader politique a également adressé ses félicitations au nouveau Premier ministre : « Je connais personnellement le Premier ministre », avec lequel il dit avoir travaillé pendant un an et demi et qui a accompli « un travail colossal ». « Je puis témoigner qu’il est un travailleur acharné, un homme compétent et dévoué », a souligné Ousmane Sonko devant les députés, après son élection à la tête de l’Assemblée nationale.