Haut-Uélé : Enquête sur l’attribution des marchés aux entreprises locales par Kibali Gold Mines (2022-2026)
Depuis plusieurs mois, la question de l’accès aux marchés de la société minière Kibali Gold Mines agite les territoires de Watsa et de Faradje. Au cœur des tensions, des entrepreneurs locaux dénoncent ce qu’ils perçoivent comme un manquement aux engagements pris dans le cahier d’échanges liant la multinationale aux communautés impactées par ses activités. Face à ce climat de défiance, notre rédaction a entrepris une investigation approfondie pour éclairer les faits, confronter les versions et offrir aux populations une information étayée par des données vérifiables.
Cette enquête vise à établir une vérité factuelle, à situer les responsabilités de chaque partie et à nourrir un débat public fondé sur des preuves, non sur des allégations.
Nos recherches, appuyées sur l’examen de documents officiels relatifs à l’attribution de marchés entre 2022 et 2026, révèlent que plusieurs entreprises locales ont effectivement décroché des contrats avec Kibali Gold Mines. Les montants avancés, issus de ces pièces comptables, devront toutefois être validés par les acteurs concernés. Voici un échantillon représentatif des attributions recensées :
· Stame SARL : 1 832 234,58 USD (maintenance des routes de transport, contrat annulé) ;
· Groupe Norbert Service : 723 820,74 USD (travaux liés à la sécurité et à la clôture) ;
· Mahanaim Company MC : 702 449,39 USD ;
· Grâce Business Company : 687 237,34 USD ;
· Okapi Service SARL : 358 280,13 USD ;
· Sphinx : 225 796,09 USD ;
· Société de Bonne Manière : 220 489,92 USD ;
· Miel Trading Company : 146 432,09 USD (inactive) ;
· Groupe Mahanaim Services : 123 137,76 USD ;
· Groupe Kaloma & Associés : 111 468,06 USD (inactive) ;
· Lion Company Service : 50 520,78 USD ;
· Chef Mari Minza : nouveau prestataire pour la maintenance de la ligne électrique ;
· Songa Family Business : 42 706,68 USD ;
· Ganic Business : 9 115,00 USD (nouveau fournisseur intégré).
Un total cumulé de : 5 233 688,56 USD.
Ces chiffres, s’ils se confirment, soulèvent des interrogations légitimes. Dès lors, comment expliquer que des entrepreneurs persistent à crier à l’exclusion totale, alors que des contrats substantiels ont été attribués à des acteurs locaux ? Les revendications actuelles traduisent-elles un malaise collectif ou les intérêts particuliers de certains opérateurs économiques ?
Interrogé sur ces contradictions, Patrick Tawaba, journaliste d’investigation pour Lumière digitale Média, estime que « le cœur du problème réside moins dans l’existence des contrats que dans le déficit de communication autour de leur attribution. Les communautés, faute d’information claire, nourrissent un sentiment d’injustice qui fragilise la confiance. »
Il ajoute : « La question n’est pas de savoir si des marchés ont été signés, mais si les critères de sélection et les bénéficiaires ont été rendus publics de manière suffisamment transparente. Sans cette transparence, le doute persiste et alimente la contestation. »
Dans ce contexte, une autre question émerge : les communautés locales disposent-elles des outils nécessaires pour appréhender la réalité des attributions ? La transparence est-elle véritablement au rendez-vous, tant du côté de l’entreprise que des autorités et des représentants locaux ?
Par ailleurs, les demandes formulées par les entrepreneurs s’inscrivent-elles dans le cadre légal en vigueur, ou outrepassent-elles les mécanismes prévus par les textes et les accords signés ? Cette question, essentielle, invite à un examen rigoureux des procédures et des limites du dialogue entre la société minière et les parties prenantes.
« Il ne s’agit pas de stigmatiser les plaintes, mais de les situer dans un cadre juridique clair, » souligne Patrick Tawaba. « Une revendication légitime perd sa force si elle ignore les canaux établis. À l’inverse, une entreprise responsable se doit de répondre point par point aux critiques fondées. »
Notre investigation ne prétend ni condamner ni disculper quiconque. Elle entend plutôt appeler à un exercice collectif de redevabilité : entreprises attributaires, représentants communautaires, autorités compétentes et Kibali Gold Mines sont invités à clarifier leur position et à produire les pièces justificatives nécessaires.
Car au-delà des polémiques, une seule exigence doit guider le débat : la vérité.
Cette enquête se poursuivra. Dans les prochaines livraisons, nous publierons des documents inédits, des témoignages de première main et, si elles le souhaitent, les réactions de Kibali Gold Mines, des entreprises mises en cause et des porte-parole des communautés affectées.