Watsa: Injonctions provinciales et défiance artisanale : Papy Mangayi s’enflamme sur fond de révision constitutionnelle
C’est une double salve qui est tombée sur le monde minier artisanal du Haut-Uele. Par un communiqué officiel N°01/JBG/009/CAB/PROGOU/P.H-U/2026, en date du 1er juillet 2026, le ministre provincial des Finances, Jacques Anzatepe Danga, a rappelé à toutes les coopératives minières et opérateurs du secteur l’interdiction catégorique de toute activité d’extraction dans les périmètres concédés à Kibali Gold Mines SA. La menace est explicite : des poursuites judiciaires seront engagées contre tout contrevenant.
Deux jours plus tard, le 3 juillet, son collègue des Mines, Didier Meduama Yolo, a convoqué les présidents des coopératives et les administrateurs des sites miniers du Haut-Uele à une réunion d’urgence, fixée au lundi 6 juillet 2026. Une convocation qui, sur le papier, se veut apaisante. Dans les faits, elle est perçue comme un ultimatum.
Mais cette main tendue par le pouvoir provincial s’est heurtée à un refus catégorique. Papy Mangayi, conseiller de la Fédération des exploitants artisanaux unis du territoire de Watsa, a opposé une fin de non-recevoir, dénonçant avec vigueur ce qu’il qualifie de « manœuvres politiciennes » destinées à affaiblir l’autorité du chef de l’État dans les territoires de Watsa et Faradje.
« Le gouvernement provincial travaille contre la vision du chef de l’État » , a-t-il regretté, dans une déclaration qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Et d’ajouter, amer : « Comment peut-on provoquer une crise sociale, en déguerpissant les exploitants juste à cette période où le chef de l’État a besoin que le chemin soit balisé, afin d’aboutir à la révision de la constitution ? »
Pour Papy Mangayi, le timing de cette double injonction n’a rien du hasard. Il y voit une tentative délibérée de déstabiliser les équilibres fragiles de la région, à l’heure même où les autorités nationales appellent à l’unité pour un chantier politique d’envergure. Selon lui, le déguerpissement forcé des artisans miniers ne manquerait pas d’entraîner une hausse vertigineuse du chômage, une aggravation de la crise économique locale et, par conséquent, un mécontentement populaire qui pourrait se retourner contre les initiatives présidentielles.
« Seules ces activités d’exploitation artisanale tentent de secourir la population dans cette contrée où la vie économique est difficile et où la carence en emplois ne fait que croître, malgré des décennies de présence du géant minier Kibali Gold Mines SA » , a-t-il martelé, en écho à une réalité que les chiffres officiels peinent à occulter.
Ce bras de fer entre le pouvoir provincial et les artisans miniers révèle, au-delà des seules questions juridiques, une fracture sociale profonde. Tandis que la province affiche sa détermination à faire respecter les droits miniers, les représentants des exploitants artisanaux dénoncent une politique qui, en voulant réguler, risque d’asphyxier les seules bouées de survie d’une population abandonnée à son sort. La convocation du 6 juillet promet, dans ce climat de défiance, d’être plus qu’une simple réunion de gestion : un théâtre où se jouera peut-être l’avenir social du Haut-Uele.