Défi ou mirage ? L’élection de Benjamin Tauli à la tête de la Dot Kibali, un test pour toute une communauté
Depuis quelques jours, l’élection de Benjamin Tauli à la présidence de la Dot Kibali fait couler beaucoup d’encre et suscite des réactions en cascade. Si la nouvelle a été accueillie avec un certain enthousiasme local, elle n’en demeure pas moins scrutée à la loupe par une jeunesse qui voit en cette nomination bien plus qu’une simple passation de pouvoir. À Kinshasa, où il poursuit ses études universitaires, Emmanuel INIKUTIRO, fils du terroir, a pris la parole auprès de la rédaction de Lumière Digitale Média. Son propos, mesuré mais ferme, replace cette élection dans une perspective exigeante : celle de la responsabilité et de la rédemption.
« Nous respectons et prenons acte du choix révolu sur Monsieur Benjamin Tauli pour présider la Dot Kibali », a-t-il déclaré en préambule, avant de tempérer l’euphorie ambiante. « Loin d’une simple victoire pour la communauté locale, nous y voyons un grand défi à relever. » Dans une mise en garde qui résonne comme un avertissement solennel, il ajoute : « Le monde nous regarde et attend de voir si les fils de Watsa, à travers Benjamin Tauli, sont capables de corriger les erreurs du passé et de faire mieux. » Pour Emmanuel INIKUTIRO, cette élection constitue une opportunité unique de prouver que les revendications historiques de la communauté n’étaient pas vaines, mais que celle-ci est désormais prête à porter le poids des responsabilités.
L’étudiant kinois ne s’arrête pas à l’appel à l’unité. Il met en garde le nouveau président contre la lourdeur des attentes populaires. « Nous attendons une administration financièrement disciplinée, transparente, et axée sur les besoins réels de la population », martèle-t-il. Une exigence qui prend tout son sens au regard du bilan désastreux des précédents gestionnaires, qu’il n’hésite pas à qualifier d’« opaque », de « scandaleux » et de « fallacieux ». Selon lui, les fonds alloués au développement communautaire ont trop souvent été dilapidés dans des projets sans âme, sans lien avec les urgences du terrain, et dont les vestiges inachevés jonchent encore le paysage. « Beaucoup de ces projets ne représentaient rien pour les besoins réels de la population et sont restés à l’abandon par manque de transparence et de gestion orthodoxe », déplore-t-il.
Emmanuel INIKUTIRO appelle donc à un sursaut salutaire. Il propose à la nouvelle direction de « vider les cas des projets en souffrance » et de tendre l’oreille vers la communauté pour identifier les besoins les plus criants : l’électricité, l’eau potable, et l’assainissement du milieu. Trois axes prioritaires qui, s’ils sont menés à bien, pourraient offrir à la population bien plus qu’un simple cadre de vie : un environnement sain, une sécurité sanitaire renforcée, et des perspectives d’emploi durable.
Il profite de l’entretien pour exprimer un vœu ardent : que le bien communautaire cesse enfin d’être inféodé aux instances de la Kibali Gold Mines. « Il est inconcevable que des biens attribués à la communauté soient toujours détenus et gérés par la société minière », tonne-t-il, dénonçant une forme de mainmise qui, selon lui, entache l’autonomie et la dignité des populations locales.
Plus alarmant encore, Emmanuel INIKUTIRO avertit Benjamin Tauli contre les prédateurs qui rôdent déjà dans l’ombre. « Nous avertissons notre frère contre les personnes malveillantes, expérimentées dans la mafia, qui rodent autour de lui pour profiter de sa présence et concrétiser leurs agendas financiers contraires à l’intérêt communautaire. » Un message sans équivoque, qui dessine les contours d’une lutte sourde contre les intérêts particuliers et les complots ourdis autour des fonds de développement.
Enfin, l’étudiant promet à Benjamin Tauli un soutien sévère, sans concession, mais dans une vigilance critique et constructive. « La réussite comme l’échec de son passage à la tête de la Dot Kibali sera la réussite ou l’échec de toute une communauté locale », conclut-il, résumant en une phrase l’enjeu existentiel de ce mandat. Plus qu’une simple élection, c’est tout un peuple qui retient son souffle, guettant les premiers pas de celui qui devra incarner l’espoir, ou subir le poids des désillusions passées.
À Watsa, comme à Kinshasa, le message est clair : Benjamin Tauli est désormais attendu au tournant, non comme un homme providentiel, mais comme le symbole d’une jeunesse qui refuse de sacrifier l’avenir sur l’autel des compromissions. Le défi est immense, la communauté aux aguets.