Watsa sans Watsa : la Ligue Mbila dénonce une délocalisation sous tutelle
Le décor était planté. Les absents ont parlé plus fort que les présents. Pendant trois jours, le Centre de Négoce Giro, dans la chefferie Mari Minza, au cœur du territoire de Watsa, a abrité un atelier consacré au processus de délocalisation des personnes affectées par le projet Giro Goldfields. En principe, cette rencontre devait réunir toutes les couches sociales de la contrée. Dans les faits, constate la Ligue Mbila, les autorités coutumières et les autochtones de Watsa ont été tout simplement écartés.
C’est ce qu’a dénoncé cette structure des autochtones de Watsa dans une déclaration à la presse. Pour elle, le problème dépasse désormais la seule question de la représentation. Il touche à une réalité plus grave : les véritables forces vives de Watsa seraient progressivement marginalisées dans les processus décisionnels qui engagent directement l’avenir du territoire et de ses communautés.
La Ligue Mbila pointe notamment du doigt les assises consacrées à Giro Goldfields. Selon elle, celles-ci se déroulent sans la participation effective de certains responsables coutumiers directement concernés. Elle cite en particulier le chef de chefferie de l’entité ainsi que le chef de groupement de Gbugutali, présentés comme ayant été invités à se rendre à Isiro, siège des institutions provinciales. Une convocation qui, aux yeux de l’organisation, les prive de fait de la table des négociations.
L’indignation ne s’arrête pas à sa propre mise à l’écart. La Ligue Mbila dénonce également l’absence de plusieurs structures communautaires considérées comme incontournables, parmi lesquelles Mari-Minza d’Abord (MUMAD), elle-même et d’autres acteurs locaux. Autant de voix qui, selon elle, auraient dû peser sur un dossier dont l’issue bouleversera les terres, les vies et les équilibres sociaux de Watsa.
Cette situation remet en cause la considération que plusieurs firmes minières accordent aux autochtones de Watsa. Elle pousse surtout à une question brutale : Watsa serait-elle devenue une terre sans maîtres, une simple zone d’extraction où l’on peut tout faire sans ses représentants ?
Au-delà de la représentation, la Ligue Mbila dénonce un décalage préoccupant entre les promesses officielles et les réalités vécues par la population. Alors que le territoire fait face, selon elle, à des défis persistants liés à l’insécurité, aux infrastructures et au développement local, l’attention des autorités provinciales semble davantage portée sur l’accélération du processus de délocalisation lié à Giro. D’où cette interrogation : comment vouloir accélérer une délocalisation tout en laissant en suspens les préoccupations sécuritaires, infrastructurelles et sociales des populations concernées ?
Pour la Ligue Mbila, l’enjeu n’est pas de s’opposer au processus de délocalisation. Il est de veiller à ce que celui-ci soit conduit dans le respect des lois, des droits des communautés affectées et des principes de transparence et de participation. Une manière de rappeler que la légitimité d’un projet minier ne se mesure pas seulement à ses promesses d’investissement, mais aussi à la place qu’il réserve à ceux qui en subiront les conséquences.
Face à cette situation, la Ligue Mbila interpelle directement le gouverneur du Haut-Uélé, Jean Bakomito Gambu, ainsi que l’ensemble de son gouvernement provincial. Elle demande que les représentants de Watsa soient systématiquement associés aux grandes décisions concernant leur territoire, particulièrement lorsqu’elles touchent directement aux terres, aux communautés et à leur avenir. Elle appelle également l’exécutif provincial à tenir ses engagements envers la population de Watsa et à réduire l’écart qu’elle dit constater entre les annonces officielles et leur concrétisation sur le terrain.
S’agissant de Giro Goldfields, son exigence est claire : que la délocalisation soit conduite conformément aux lois en vigueur et qu’elle bénéficie réellement aux communautés locales affectées par le projet.
Au fond, derrière cette sortie musclée de la Ligue Mbila, une question politique et communautaire majeure se dessine, lancinante : peut-on décider de l’avenir de Watsa sans Watsa ? La réponse, si elle doit être honnête, tient en une évidence : non. Un territoire ne se délocalise pas comme on déplace un camp. On négocie avec des femmes, des hommes, des autorités, des mémoires et des droits. Tant que Watsa sera absente de la table, la délocalisation ne sera pas un processus. Elle sera une opération.