Sécurité dans le Secteur Gombari : un couvre-feu à double tranchant
La lutte contre le banditisme armé a conduit les autorités provinciales du Haut-Uélé à décréter un couvre-feu. Dans le secteur Gombari, le chef de secteur Paulin KOMBOMARO dresse un bilan en demi-teinte : si les braquages ont reculé, les effectifs policiers manquent cruellement, et la population, elle, paie le prix de mesures parfois mal comprises.
C'est une confession sans détour. Devant la presse, le chef du secteur de Gombari, Paul Ekombo Maru, a levé le voile sur une réalité qui ronge le quotidien des habitants du territoire de Watsa : le banditisme armé. « Depuis un certain moment, dans notre territoire, il y a eu une multitude de braquages d'armes dans les maisons de notre paisible population », confie-t-il, la voix chargée d'une gravité palpable. « Cela nous a causé beaucoup de douleur, car nous avons la mission régalienne de protéger la population et ses biens. »
Face à cette flambée de violence, le gouverneur de province, Jean BAKOMITO GAMBU, a décrété un couvre-feu sur l'ensemble du Haut-Uélé. Dans le secteur Gombari, la mesure est entrée dans sa deuxième phase, prolongée de sept jours après une première décennie d'application. Le chef de secteur se veut lucide : « Effectivement, depuis que nous avons instauré le couvre-feu lors de la première phase, il n'y a eu aucun cas de braquage dans le secteur Gombari. » Un répit, cependant, que les récentes exactions sont venues fissurer. « À la deuxième phase, il y a un petit problème : cela fait 48 heures, dans la carrière Citron, des bandits sont apparus et ont tué un de nos commerçants et on y a enregistré quelques blessés», déplore-t-il.
Derrière cette insécurité persistante se profile un mal endémique : le manque d'hommes. « Nous avons un sérieux problème d'effectifs », a martelé le chef de secteur. « Les entités territoriales décentralisées disposent des unités de la police nationale congolaise, c'est ce que dit la loi." Mais dans la pratique cette bonne fois légale se heurte à l'inertie administrative et à la frilosité des jeunes face aux métiers des armes.
Interpellé par le journaliste César Dedeba Fils sur la réticence des jeunes à s'enrôler, Le Chef de Secteur Paulin KOMBOMARO se fait pédagogue : « L'armée, la police, ils n'ont pas assez de moyens. Nous, nous ne pouvons pas défendre la population. Mais chez nous, nous avons pris la décision d'envoyer nos jeunes à l'armée. Dans le secteur Gombari, nous avons envoyé le double de ce qui a été demandé : 48 personnes. »
L'autre point d'achoppement concerne les barrières routières, souvent perçues comme des outils d'extorsion. Le chef de secteur tient à dissiper les malentendus : « Chez nous, dans le secteur Gombari, nous n'avons pas de barrières. Nous avons plutôt un poste de contrôle. Il y a une différence. » Un poste de lavage des mains a également été érigé à Gombari, dans le cadre de la riposte sanitaire. « Ce n'est pas pour extorquer ou prendre la carte de quelqu'un ; on oblige simplement la personne à se laver les mains. »
Pourtant, les témoignages de la population affluent, évoquant des amendes arbitraires, des téléphones confisqués, des tortures. « Nous n'envoyons pas la population, ni les policiers, ni les soldats aller confisquer les téléphones des gens. Nous ne les envoyons pas pour aller torturer des gens », se défend le chef, avant de concéder : « La torture n'est pas justifiée et strictement prohibée en Droit congolais. Nous avons dit et mis en place des garde-fous pour que les cas de torture ne se reproduisent plus. »
Autre dossier brûlant : l'afflux de déplacés fuyant les exactions dans la chefferie voisine d'Ateru. « Nous étions incapables de les accueillir puisque leur nombre était important. Nous les avons mis en attente, certains ont été logés dans des hôtels, à la charge du secteur Gombari », raconte le chef. « Jusqu'à aujourd'hui, il y a des personnes prises en charge, logées dans des hôtels. » Le gouvernement provincial est intervenu une fois, et une nouvelle assistance serait en route. Mais les besoins sont immenses : « Nous avons des factures de plus de quarante millions de francs congolais qu'il faut payer aux centres de santé. »
En guise de conclusion, Paulin KOMBOMARO lance un vibrant appel à la population : « La sécurité est l'affaire de tous. Nous devons nous impliquer pour éradiquer les mauvaises choses qui sont parmi nous. Ces bandits ne dorment pas dehors ; ce sont nos beaux-frères, nos neveux, nos cousins. Aidons-nous à les sortir de ces groupes malfaisants. » Une invite à la dénonciation et à la collaboration avec les services de sécurité, seul rempart durable contre l'insécurité qui gangrène le territoire de Watsa.