Watsa : le cri d’alerte de la société civile de la révolution contre les dérives salariales chez les sous-traitants de Kibali Gold Mines
La Coordination de Watsa de la Société Civile de la Révolution monte au créneau. Elle dénonce l’application sélective du nouveau SMIG, des disparités salariales fondées sur l’origine géographique et l’exclusion des travailleurs locaux des postes de responsabilité au sein d’Universal Sécurité, sous-traitant de Kibali Gold Mines. Une interpellation qui convoque le droit du travail congolais et la loi sur la sous-traitance.
« Le travailleur congolais ne demande pas une faveur : il réclame l’application de la loi. » La formule, signée Pitchou Munbuya, coordonnateur de la Société Civile de la Révolution pour la Coordination de Watsa, résume à elle seule l’esprit d’une interpellation qui monte en puissance dans la cité minière du Haut-Uélé. Au centre du différend : les conditions de rémunération et de travail des employés des entreprises sous-traitantes gravitant autour de Kibali Gold Mines, l’un des fleurons de l’industrie aurifère en République démocratique du Congo.
Dans le collimateur de la société civile : Universal Sécurité, en sigle UNISEC, société de gardiennage. Selon les éléments rapportés par M. Pitshou Munbuya, ces derniers seraient confrontés à des écarts importants de rémunération et d’accès à certaines fonctions de responsabilité par rapport à des agents venus d’autres provinces. Il dénonce également ce qu’il présente comme un refus d’appliquer correctement le nouveau Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG).
Ces allégations graves, si elles venaient à être confirmées par l’Inspection du travail après examen des contrats, fiches de paie, classifications professionnelles et conditions réelles de travail, pourraient soulever plusieurs questions de conformité au droit congolais du travail. Car le cadre juridique est aujourd’hui d’une précision chirurgicale.
Le Code du travail congolais, en son article 91, institue une zone unique du SMIG sur l’ensemble du territoire national. Ce mécanisme est complété par le Décret n° 25/22 du 30 mai 2025 portant fixation du salaire minimum interprofessionnel garanti, des allocations familiales minima et de la contre-valeur du logement. Son article 2 fixe le taux journalier du SMIG à 21 500 francs congolais pour le travailleur manœuvre ordinaire. Son article 3 prévoit une application progressive : 14 500 FC à partir de la paie de mai 2025, puis 21 500 FC à partir de la paie de janvier 2026.
Le texte prévoit en outre l’application de la tension salariale pour les différentes catégories professionnelles. Le montant de 21 500 FC constitue donc le seuil applicable au manœuvre ordinaire, tandis que les catégories supérieures sont déterminées suivant la classification et la tension salariale réglementaire.
« Depuis janvier 2026, aucun employeur soumis à ce régime ne peut traiter le SMIG comme une simple recommandation », soutient Pitchou Munbuya. Et d’insister avec fermeté : « Le SMIG n’est ni une promesse politique, ni une faveur accordée par l’employeur. C’est une norme juridique. Lorsqu’un décret fixe un salaire minimum, l’employeur ne dispose pas d’un pouvoir discrétionnaire pour décider de l’appliquer ou non. »
Le débat ne concerne cependant pas uniquement le montant du SMIG. L’article 86 du Code du travail pose un principe fondamental : à conditions égales de travail, de qualification professionnelle et de rendement, le salaire doit être égal pour les travailleurs, quelle que soit notamment leur origine, leur sexe ou leur âge. Un principe que le coordonnateur de la société civile rappelle avec vigueur, insistant sur le fait que l’origine géographique d’un travailleur ne peut, à elle seule, justifier une différence salariale lorsque les conditions juridiquement pertinentes sont identiques.
« Nous ne demandons pas que tous les travailleurs perçoivent mécaniquement le même salaire, précise-t-il. Nous demandons que les différences de traitement reposent sur des critères objectifs, vérifiables et conformes à la loi. Un travailleur local ne doit pas être moins payé simplement parce qu’il est originaire de Watsa. »
S’appuyant sur la Loi n° 17/001 du 8 février 2017 fixant les règles applicables à la sous-traitance dans le secteur privé, M. Munbuya rappelle que cette loi vise expressément à protéger la main-d’œuvre nationale. Son article 1er le dit clairement. Elle couvre les activités annexes et connexes de l’activité principale. Or, selon lui, la garde industrielle figure expressément parmi les activités annexes mentionnées à l’article 3 de cette loi. Le secteur du gardiennage est donc directement susceptible d’entrer dans le champ de la réglementation de la sous-traitance.
Plus important encore, il évoque l’article 8 de la Loi n° 17/001 qui dispose que les relations entre le sous-traitant et sa main-d’œuvre sont régies par la législation du travail. Autrement dit, le statut de sous-traitant ne permet pas d’échapper au Code du travail.
« La sous-traitance ne crée pas un droit spécial permettant de payer le travailleur en dessous de la loi, martèle le coordonnateur. Une entreprise qui obtient un marché de sous-traitance demeure soumise au droit du travail. Le contrat commercial ne peut pas effacer les droits sociaux du salarié. »
La Société Civile de la Révolution, Coordination de Watsa, met également en cause ce qu’elle qualifie de traitement discriminatoire des agents recrutés localement. Selon les allégations rapportées par M. Pitshou Munbuya, certains travailleurs locaux seraient cantonnés aux fonctions d’exécution et exclus des postes de commandement, tandis que des travailleurs venus d’autres provinces accéderaient davantage aux fonctions de responsabilité. Pourtant, le Code du travail protège notamment les travailleurs contre certaines formes de discrimination liées à l’origine et reconnaît le droit à une rémunération égale dans les conditions prévues par son article 86.
« Nous ne voulons pas d’une guerre entre Congolais, précise Pitchou Munbuya avec un souci d’apaisement. Notre revendication n’est pas dirigée contre les travailleurs venus d’autres provinces. Ils ont eux aussi droit au travail. Notre question est beaucoup plus simple : pourquoi un jeune de Watsa qui possède les compétences requises serait-il systématiquement privé des mêmes opportunités professionnelles ? »
Le coordonnateur affirme que plusieurs autres entreprises sous-traitantes auraient déjà entrepris des démarches pour se conformer au nouveau SMIG. Il appelle à une comparaison objective des grilles salariales, sans se limiter aux montants affichés.
« Nous ne voulons pas d’une accusation sans preuve ; nous voulons une enquête qui produise la preuve, déclare-t-il. Si Universal Sécurité respecte la loi, l’enquête permettra de le démontrer. Si des violations existent, l’Inspection du travail devra les constater et faire appliquer la loi. Dans les deux cas, c’est la vérité juridique qui doit sortir du contrôle. »
Face à ces préoccupations, la Société Civile de la Révolution demande à l’Inspection du travail de se saisir de la situation. « L’Inspection du travail doit entendre les travailleurs, pas seulement l’employeur », insiste Pitchou Munbuya. Pour lui, une enquête crédible devrait être contradictoire et documentée : « Nous invitons l’Inspection du travail à descendre sur le terrain, à entendre les travailleurs, à consulter les contrats, les fiches de paie, les classifications et les registres du personnel. La vérité ne se trouve pas uniquement dans les déclarations de la direction ; elle se vérifie dans les documents et dans les conditions réelles de travail. »
Et d’ajouter : « Nous ne demandons ni faveur, ni privilège pour les travailleurs de Watsa. Nous demandons simplement que la loi congolaise soit appliquée à Watsa avec la même rigueur qu’ailleurs en République. »
Au-delà du cas particulier dénoncé, la controverse pose une question plus large : quel bénéfice concret les communautés locales retirent-elles de l’activité économique minière et de son écosystème de sous-traitance ? Pour la société civile, l’emploi local ne devrait pas se limiter à fournir une main-d’œuvre d’exécution. Il devrait également permettre la formation, la qualification, la promotion professionnelle et l’accès progressif aux responsabilités, conformément à l’esprit de la législation sur la sous-traitance. Un enjeu qui, à Watsa, dépasse le seul cadre d’une entreprise de gardiennage.
En conclusion, Pitchou Munbuya appelle les autorités compétentes à faire de la question salariale une priorité. « La justice sociale ne doit pas rester un slogan. Elle commence par le bulletin de paie du travailleur, par le respect de son contrat et par l’application effective du salaire minimum garanti par la loi. »
Et de poursuivre : « Lorsqu’un travailleur accomplit son devoir, l’État doit veiller à ce que ses droits soient respectés. C’est précisément pour cela que l’Inspection du travail existe. Nous lui demandons donc de se saisir de cette situation, d’établir les responsabilités et, lorsque des violations sont constatées, de faire revenir les travailleurs dans leurs droits. »
À Watsa, le dossier est désormais sur la table. Reste à savoir si l’Inspection du travail fera toute la lumière sur ces allégations. Une chose est sûre : pour la société civile de la révolution, le droit n’est pas une option. C’est une obligation.