Haut Uele : Emmanuel INIKUTIRO déclare la guerre contre la victimisation teintée de manipulation de la communauté Yira
« L’innocence ne se crie pas dans la rue ; elle se prouve devant la justice. »
Alors que la communauté Yira paralyse ses activités pour protester contre l’interpellation de son leader urbain Monsieur Adonis Kambere, un fils du terroir, étudiant en droit à Kinshasa, tonne : l’innocence ne se proclame pas à grands cris sur la place publique, elle se démontre devant les tribunaux.
Isiro ne dort plus. Elle survit. Dans cette ville martyrisée par l’insécurité, où l’on ne passe pas une nuit sans qu’un cambriolage armé ne vienne rappeler la fragilité des vies et des biens, une autre guerre s’est ouverte : celle de la victimisation, teintée de manipulation, brandie par une frange de la communauté Yira. Depuis plusieurs jours, celle-ci a déserté les activités socio-économiques pour protester contre l’interpellation, par la justice militaire, du numéro un de sa structure urbaine. On lui reproche d’avoir hébergé des individus aux identités douteuses, venus du Kivu, prétendant répondre à une offre d’emploi de l’ICCN dans la réserve de chasse de Penge, qui sont également détenus par la justice militaire.
C’est dans ce climat délétère qu’Emmanuel INIKUTIRO, depuis Kinshasa où il poursuit ses études juridiques, se dit « désagréablement surpris » de la posture paradoxale de cette communauté. Sa voix, chargée d’amertume, se veut celle de la raison : « On ne peut pas vouloir une chose et son contraire ! Quoi de plus légitime et responsable, pour les autorités étatiques, que de doubler la vigilance dans une ville où l’on ne passe pas une nuit sans un cambriolage par les bandits armés ? » Comment, dès lors, comprendre qu’une communauté puisse mettre le bâton dans les roues d’une justice qui, en toute légitimité, légalité et indépendance, doit mener ses investigations ?
Pour ce juriste en formation, profiter de sa position économique pour faire du chantage n’est pas seulement stupide : c’est naïf et injuste . Reconnaissant que les personnes interpellées bénéficient encore de la présomption d’innocence, il rappelle à ses compatriotes de la communauté Yira que cette innocence ne se prouve pas dans la rue, mais devant les instances judiciaires, à qui seule la loi a attribué cette prérogative. « La responsabilité pénale est individuelle, lance-t-il encore. Elle ne se dilue ni dans une communauté, ni dans une fonction. »
Emmanuel INIKUTIRO fait remarquer, au passage, que tout mérite un même traitement devant la justice, quelle que soit sa fonction ou sa communauté. Il juge non fondée l’opinion selon laquelle cette interpellation constituerait un acharnement contre la communauté Yira, car ces personnes interpellées ne sont ni les premières ni les seules à faire l’objet de poursuites judiciaires. Il conseille dès lors aux membres de cette communauté, en pareille circonstance, la prudence et la contenance : la responsabilité pénale est individuelle, et dans plusieurs cas enregistrés de braquages, des associations de malfaiteurs ont, à maintes reprises, été surprises avec des ressortissants du Grand Kivu, la main dans le sac. Empêcher la justice de faire son travail en toute indépendance soulève encore plus de soupçons sur le camouflage ou la complicité de cette communauté dans la déstabilisation de la province.
Concernant le prétendu travail, et surtout pour un emploi de garde dans une réserve de chasse de Penge, Emmanuel INIKUTIRO se demande si cela nécessitait une main-d’œuvre venue de milliers de kilomètres, du Haut-Uélé, où la jeunesse demeure encore majoritairement en chômage. « Fallait-il donc faire venir des hommes de si loin, alors que tant de jeunes d’ici cherchent encore une place au soleil ? » Soutenant la justice militaire dans sa procédure, il invite celle du Haut-Uélé à mener sans complaisance les enquêtes dans ce dossier et à en faire toute la lumière, afin de dissiper tous les malentendus.
Ce fils du terroir invite la population Isiroise à la résistance et jamais céder à cette manipulation du mauvais goût. Et recommande à la communauté Yira le bon sens, car dans cette guerre perdue d’avance, il n’y aura pas de vainqueur. « Pendant que les activités sont suspendues, c’est tout le monde qui perd », a-t-il regretté. Et de poursuivre : « Dans une relation fondée sur le donner et le recevoir entre acheteurs et vendeurs, les dégâts de cette paralysie seront collatéraux, malheureusement au nom du tribalisme dont nos amis du Kivu se plaignent ; or c’est l’unique raison de leur revendication : que Monsieur Adonis Kambere soit libéré, peu importe les conséquences, parce qu’il est le chef de leur communauté. »
Le Haut-Uélé n'est pas une terre conquise, mais une province hospitalière qui donne presque tout à tous ses hôtes, même des droits dont ses ressortissants ne jouissent pas sous d'autres cieux. Il est donc mesquin d’abuser de cette hospitalité. « Que la justice parle ! Que la vérité éclate ! Qu’Isiro cesse d’être le théâtre d’une guerre où les innocents finiront par payer les errances des puissants ! » a-t-il conclu, la voix lourde d’une tristesse qui dit assez le prix des larmes et des nuits blanches.