Haut-Uélé / Watsa : Quatre groupements du secteur Kibali s'opposent à leur intégration dans les nouvelles chefferies Bari-Logo et Bangba-Mayogo
WATSA, Une vive opposition se dessine dans le Territoire de Watsa où les représentants légitimes des groupements Kengengo, Mangote, Anguley et Doko contestent fermement leur intégration projetée dans les nouvelles entités coutumières de Bari-Logo et Bangba-Mayogo. Cette restructuration, issue de la dislocation du Secteur Kibali, est perçue par ces communautés comme une procédure illégale, biaisée et portant atteinte à leur identité et à leurs droits ancestraux.
Dans une missive adressée au Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires Coutumières,dont une copie est parvenue à notre rédaction, les signataires fondent leur refus catégorique sur une argumentation juridique solide, s'appuyant sur la Constitution de 2006, la loi organique n° 08/016 du 07 octobre 2008 et la loi fixant le statut des chefs coutumiers. Ils rappellent la distinction fondamentale qui existe entre un secteur et une chefferie : le premier se caractérise par une « hétérogénéité de sa composante communautaire » et son chef est élu par les pouvoirs publics, tandis que la seconde se distingue par « l'homogénéité de ses composantes communautaires » et son chef est désigné par la coutume.
Or, pour les communautés concernées, les conditions pour une transformation en chefferie ne sont aucunement remplies. Ils estiment que cette tentative de fusion « méconnaît nos réalités historiques, ethniques et territoriales ». Leur identité culturelle, leurs dialectes et leurs structures traditionnelles sont, selon eux, « distincts et fondamentalement différents de ceux de la tribu Logo ».
L'un des griefs les plus sévères porte sur les méthodes employées. La lettre dénonce avec force « la violation des limites de nos groupements, la création de nouveaux villages au sein de nos villages coutumiers, et l'imposition de chefs de villages qui ne sont pas issus de nos coutumes ». Un exemple flagrant est cité : « Sa Majesté Dieudonné SURURU ELUBWATIMA a fait usage de son pouvoir en camouflant et annexant par force le groupement DOKO à son propre groupement d'origine MANDRAMANDRA, violant et en piétinant ainsi les mœurs ancestrales et coutumières du groupement Doko. »
Les signataires y voient une manœuvre motivée par des intérêts économiques plutôt que par une légitimité coutumière. Ils accusent ainsi les instigateurs de chercher à « s'accaparer des redevances minières de manière monarchique par une procédure non constitutionnelle ». Assujettir des communautés diverses (Kazabhati, Mangbutu, Mayogo et Bari) à l'autorité d'une seule famille constituerait « un affront à nos droits coutumiers et à notre autonomie », une décision prise « sans aucune consultation ni approbation préalable de nos populations ».
Face à ce qu'ils considèrent comme une injustice, les quatre groupements réitèrent « leur refus catégorique d'intégrer les chefferies BARI-LOGO et BANGBA-MAYOGO » et affirment « leur volonté inébranlable de conserver leur rattachement au Secteur Kibali ». Ils demandent instamment aux autorités compétentes la nomination d'un nouveau chef pour le Secteur Kibali et l'investiture d'un chef coutumier légitime pour le groupement Doko, joignant à leur requête une liste de candidats préparés selon leurs coutumes.
Cette affaire dépasse le simple différend administratif ; elle touche à l'essence même de la décentralisation et du respect des droits coutumiers en RDC. Elle soulève la question cruciale de la préservation de l'identité des minorités ethniques contre des restructurations perçues comme hégémoniques. Les signataires concluent en invoquant la préservation de la paix sociale, mettant en garde contre les « risques de troubles interethniques majeurs » qu'une intégration forcée pourrait engendrer. L'attention des plus hautes autorités de l'État est désormais attendue sur ce dossier sensible.