Haut-Uele : Le Cri d'Alarme de l'ASBL "Stop" face à un Soupçon de Détournement Massif
Un vent glacial de scandale souffle sur la province du Haut-Uele. Dans un silence assourdissant, alors que les populations luttent pour leur quotidien, une dénonciation d'une gravité exceptionnelle vient déchirer le voile des apparences. L'association sans but lucratif "Stop", dans un document accablant daté du 22 août 2025 et adressé aux plus hautes instances de la République, met en lumière ce qui s'apparenterait à un système de prédation financière orchestré au sommet du gouvernement provincial, avec à sa tête le gouverneur Jean Bakomito Gambu.
Le dossier, une litanie de chiffres et d'accusations précises, dresse le portrait pathétique d'une province dont les richesses seraient siphonnées au profit d'un cercle restreint, au mépris total de la loi et de la misère ambiante. C'est une symphonie macabre où chaque note est un million détourné, chaque silence un projet de développement sacrifié.
Au cœur du réquisitoire, des faits troublants. L'ASBL "Stop" allègue que le gouverneur, peu après son élection, aurait sollicité et obtenu de l'Assemblée Provinciale une ligne de crédit colossale de 15 millions de dollars américains, gagée sur la redevance minière de la société Kibali Gold Mines. Parallèlement, il aurait demandé au gouvernement central des appuis financiers de plusieurs millions de dollars pour des projets de réhabilitation d'infrastructures (routes RN 25, RN 26), de construction de prisons, de palais de justice ou encore de relance de la filière café-cacao.
Pourtant, le constat est amer. Ces fonds, qui auraient dû panser les plaies d'une province enclavée et redonner espoir à ses habitants, se seraient évaporés dans un labyrinthe de transactions opaques. L'accusation la plus poignante est peut-être celle de la "double imputation" : demander des fonds pour des projets déjà financés par d'autres mécanismes, créant ainsi des cagnottes occultes. Pendant que les routes restent délabrées et que les institutions attendent leur équipement, des sommes faramineuses auraient été liquidées, loin des circuits bancaires officiels, au profit d'un réseau d'affidés.
Le document de "Stop" ne s'arrête pas là. Il décrit avec une précision chirurgicale un véritable "mécanisme institutionnel mafieux". De la création de dix nouveaux comptes bancaires provinciaux pour "complexifier les opérations" à la désignation de proches sans qualité aux postes de péage, chaque détail semble pensé pour brouiller les pistes.
L'affaire prend une tournure encore plus sombre avec les allégations de rétro-commissions sur des contrats publics et de manipulation des recettes minières. Des sociétés chinoises auraient été contraintes de verser des centaines de milliers de dollars en liquide. Une subvention d'un million de dollars de la société Giro Gold pour la construction d'un hôpital à Isiro aurait connu un sort similaire, alors que les travaux peinent à avancer. Le scandale touche même l'éducation, où les frais de scolarité collectés auprès des parents pour soutenir le système éducatif n'auraient "jamais servi l'intérêt provincial".
Face à ce tableau d'une désolation morale et financière, l'appel de l'ASBL "Stop" résonne comme un ultime recours. C'est un cri pathétique lancé à la conscience de la nation et à l'impartialité de sa justice. Il est aberrant, pour reprendre leurs termes, "de constater la manière dont les fonds publics sont manipulés au mépris des normes de la Loi des finances et sans aucun sens d'éthique de gouvernance".
Aujourd'hui, le regard du Haut-Uele, et de la République tout entière, est tourné vers le Procureur Général près la Cour de Cassation. La question n'est plus de savoir si le mal a été fait, mais s'il sera puni. Car derrière les millions et les jeux de pouvoir se cache le visage d'une population trahie, privée de routes, d'écoles, de soins, et surtout, d'espérance. La lumière, si crue soit-elle, doit être faite. Pour l'honneur de la province, et pour la dignité de ses enfants.